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| | sumatra java Bali en stop 1984 | |
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boudhinette Membre


  Age : 48 Inscrit le : 05 Déc 2005 Messages : 174
| Sujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984 Dim 21 Jan - 7:57 | |
| Ils rajoutent des ailes si la famille s’agrandit.
 En tous les cas les villages sont bien jolis. Avec des fleurs dans les jardinets proprets derrière de petites palissades de bambous peintes en blanc. La mosquée avec ses bassins pour les ablutions et le tambour pour les mariages. L’hôtel de ville est couvert d’un toit Minang, d’ailleurs ils en mettent sur tous les nouveaux édifices, ça surprend au début ! maison style malais
 Les gents dégagent sérénité et sagesse, ce n’est pas le même mysticisme qu’à Bali mais on les sent biens, calmes et doux. Et super cultivés. Un jeune me demandait d’où je venais, j’ai répondu, France et Grenoble, et incroyable il savait où c’était ! Pas comme les Bataks ! On ne voit jamais une bagarre, on n’entend jamais une dispute, ils sont toujours prêts à sourire, et sont plein d’humour. La nature est prolifique, le riz pousse partout en champs veloutés et il y a même du riz noir trop bon ! Beaucoup de fruits et de légumes, du soja en abondance dont ils font le tahun (tofu) et le tempeh, ainsi qu’un délicieux porridge qui s’appelle bubur cacang. C’est une région prospère où le climat est clément. A 900m d’altitude il ne fait pas trop chaud. On se ballade bien en stop. Ca marche très bien. Pas d’ennuis du tout, les mecs n’emmerdent pas. On voit d’adorables villages de conte de fée. On est invitées partout à boire le thé, à manger des gâteaux ou des fruits, attation la ligne ! C’est l’hospitalité musulmane désintéressée et qui vient du fond du cœur. Ca fait vraiment plaisir de sentir ça en Asie. Et d’observer cette religion, pourtant assez fanatique, pratiquée souplement. On sent les gens assez loin des superstitions et des rites animiste. Il y a sûrement des histoires mais ils sont beaucoup moins rustres que les Bataks : c’est un peuple civilisé et éduqué mais en même temps proche de l’adat (la tradition) et de la nature. C’est bien sympa ! le bain dans les petites rivières: un moment de détente
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|  | | boudhinette Membre


  Age : 48 Inscrit le : 05 Déc 2005 Messages : 174
| Sujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984 Lun 22 Jan - 8:15 | |
| On va faire un chouette tour autour du lac Maninjau. Il se trouve un peu plus bas que Bukittingi et c’est plus tropical. C’est vraiment super beau. Les eaux bleues ou émeraudes suivant l’heure sont bordées de cocotiers.
 A certains endroits la jungle dévale à pic jusqu’au bord du lac ; à d’autres, les habitants ont construits des rizières en terrasse qui ourlent de reflets veloutés. Les villages se succèdent ; les gents sont hyper accueillants, on a aucun prolème pour se faire héberger, partout on nous inivte et on nous offre à manger. On fait de bons progrès en Bahasa Indonesia (indonésien)! Ça fait vraiment plaisir de pouvoir communiquer. Même si la conversation est limitée aux phrases simples, c’est déjà beaucoup. On sent la chaleur sociale, la vie en commun, l’ignorance de l’individualisme et en même temps le respect de l’autre. Au petit matin les jeunes garçons vont pêcher dans les petites anses poissonneuses. C’est délicieux ces petits poissons frits dans un bon curry ! Les cultures sont propriétés de la famille (de la femme en fait) mais cultivées avec l’aide de tout le village selon l’organisation du Gotong royong, sorte de syndic villageois.
 Au bord du lac poussent des arbres à cannelle et à noix de muscade. Les cultures sèches ou ladang sont du manioc, des bananes et quelques légumes. Il y a des rizières (sawah) partout, le riz se récolte en ce moment , on regarde les jeunes le secouer et le passer dans une machine à bras pour le débarrasser de sa première écorce. Il sera ensuite transporté au moulin où il est traité et ressort blanc. De padi : riz dans les rizières il devient beras : riz cru et ensuite nasi, riz cuisiné ! tof postée sur Tg par rilax 2001
 http://skyforum.ayzo.net/s,trancegoa,16,,15620,1,0.html Il y a aussi dans le lac de petits coquillages qui se mangent bouillis. Pas mauvais ! Les jeunes chassent parfois avec de beaux chiens en laisse et des fusils antiques. On voit des singes dressés pour attraper des noix de coco.
 C’est tout un univers semi autarcique en communion avec la nature. Il ne reste pas grand-chose à acheter : sel, sucre, thé café, pétrole pour les lampes et allumettes, vêtements, sarongs, le minimum. Et pourtant ils ne sont pas pauvre : comme quoi c’est vraiment une question de culture et d’art de vivre. On marche le matin quand l’air est chargé des odeurs de forêt, des milles et un parfums des zones équatoriales. On s’arrête pour se baigner ou pour prendre un thé avec une famille. Discuter le coup, repartir…Le soir on s’écroule assez vite. D’ailleurs les gents dorment tôt et se lèvent au point du jour, ça c’est parce qu’il n’y a pas l’électricité. Derrière les flancs abrupts du lac on voit le volcan Singalang qui se profile dans les nuages. Il pleut pas mal. C’est la mousson qui commence. Je me fais un trip à Padang pour renouveler mon visa. Les vaches me font payer 30 000 roupies pour un mois ! Ce n’est vraiment pas valable par rapport au visa touriste qui est gratuit et valable deux mois. Heureusement je vends de l’artisanat ce qui permet de remonter les finances ! _________________ sincere but not SERIOUS |
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| Sujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984 Lun 22 Jan - 22:07 | |
| Les jours passent, si doux à Bukkittingi. Je vais à Pandai Sikat, adorable village dans les replis d’une vallée fertile au pied du Singalang. Ils font des beaux tissages entrelacés de fils d’or et d’argent. Ce sont des métiers à tisser compliqués, apparemment le dessin est conçu à l’avance par des bouts de bois coincés dans l’avant de la trame. Les petites jeunes filles qui tissent connaissent le déroulement du motif par cœur, elles passent un fil d’argent suivi d’un coton ou de satin et pressent. C’est assez beau comme travail en touts les cas c’est fin ! Il faut deux trois mois pour faire un selendang, sorte d’écharpe cérémonielle. Elles me racontent que les gents préfèrent louer les costumes de mariage plutôt que de l’acheter, comme chez nous. C’est 30 000 Rs pour les deux costumes : la veste de velours brodée, le sarong songket, l’écharpe pour la femme et pour le mec à peu près la même chose avec un turban de cérémonie et une ceinture en guise d’écharpe. différents costumes de mariage
 Il y a aussi des sculpteurs de bois, c’est du beau boulot mais un peu touffu. Ils font des panneaux qui constituent la matière première pour la construction des baraques. Souvent ils incluent des petits miroirs et dans le soleil couchant, elles étincellent.
 Un autre jour on va à Batu Sangkor, c’est le centre de la vie Minang. On contourne le Merapi par une petite route qui grimpe en lacet entre les bananeraies et les petites vallées fertiles qui coulent des pentes du volcan. On domine bientôt la plaine avec ses massifs montagneux qui surgissent des rizières. La ville et son marché sont comme d’hab, par contre quelques kilomètres plus loin on tombe sur un chouette coin, ça s’appelle Pangaruyung. Il y a un cimetière ancien vraiment magique. De grands banyans jettent leur ombre séculaire et des racines tortueuses s’entrelacent au dessus des tombes mousseuses sculptées en forme de vague. Plus loin il y a des pierres inscrites en écriture ancienne, script dérivé de la langue dravidienne. Ce qui démontre les contacts étroits entre l’Indes du sud et ici. Plus loin encore, on arrive au légendaire palais des rois Minang. La maison a été entièrement construite il y a huit ans mais l’endroit commémore un roi indien du 14ème siècle. C’est vraiment fabuleux. Derrière se dresse le volcan parfaitement découpé dans l’air du soir. Au fond une chaîne de montagne de style du centre de l’Indes justement, mais enguirlandée de jungle. Et le palais qui est une maison Minang à 4 toits a également une entrée proéminente très travaillée. Il y a aussi un grenier à riz et une petite bâtisse abritant le tambour des cérémonies. Derrière la cuisine avec ses foyers surélevés à hauteur d’homme et ses ustensiles en cuivre ou en terre cuite. Pas loin le bain, d’énormes bambous font des douches bien sympa. La salle principale du palais est immense. Au premier étage ils ont reconstitués un décors de mariage, c’est marrant comme on sent l’influence hindoue, le petits miroirs sertis dans les tissus brodés comme au Rajasthan et même la forme des tentures.
 Devant le siège des mariés on trouve le service à bétel qui fait partie des rituels et le tissu qui le recouvre. La boite à bétel, le tissu qui le recouvre et les belles qui le portent:
 La campagne autour est bien belle, avec ses cocotiers moussant au dessus des rizières, les cours d’eau bordés de bambous ; et partout des maisons de conte de fée et leur jardins pleins de fruits : papayes, corosols, bannes, jackfruits, cirons, pomme canelles, mangues etc..
C’est serein, un sentiment de paix et d’harmonie. Les gents sont souriants et aimables. On repart par le coté de Parangan où on était déjà allées se baigner dans les sources d’eau chaudes. Encore un village magique lové au creux d’un vallon frais où coule uen petite rivière. La mosquée comme une pâtisserie se reflète sur la pièce d’eau pour les ablutions et les sources sont bien chaudes, avec le rire accueillant des femmes. On s’éclate bien dans cette région.
 Dans le cañon de Bukittingi on ramasse des mushrooms, on en bouffe quelque uns sur place dans un décor de western à l’indonésienne. On fait une confiture de mushroom avec de la papaye verte et des épices pour emporter. On se coule des jours tranquilles, on bouffe bien et même trop : je grossis ! On s’arrache finalement. On part à Java avec ce magnifique bateau ultra moderne. On a beau être en troisième classe dans les soutes on a du mal à se croire en Indonésie : douches chaudes, air conditionné, bouffe trois fois par jour ! Par contre on a juste un emplacement nu dans un grand espace, chacun amène sa natte et tout le monde dort ensemble ! À l’indonésienne quoi ! Vers la fin du voyage on passe près du volcan Krakatau qui a explosé en 1883 et causé beaucoup de dégâts. Et auprès d’autres volcans parfaits qui plongent dans la mer, leur cône épuré couvert de forêt et les plages blanches brodées de cocos. _________________ sincere but not SERIOUS |
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| Sujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984 Mer 24 Jan - 21:01 | |
| On passe juste une nuit à Jakarta où je trouve quelques lettres à la poste restante, mais pas autant que j’espérais ! C’est la vie ! Le lendemain on part en train puis stop (camions) et bus jusqu’à Banjar où on s’écroule quelques heures puis on rejoint Pangandaran. C’est encore un endroit superbe. Je remercie la vie de me donner tant de flash de nature et d’harmonie. Il faudrait que j’arrive à calmer mon impatience et me laisser aller dans la béatitude de la nature souriante ou rebelle et accéder au détachement qui me permettra d’apprécier les phénomènes pour ce qu’il sont : impermanents ! Le village s’étale en longueur sur une péninsule et de chaque coté se déploient des plages immenses de sable noir volcanique où les vagues sont fortes. Le vent souffle dans les cocotiers les histoires fascinantes qu’il apporte au travers de l’océan indien.
 Puis, au bout de la péninsule, une presqu’île coralline festonnée de perles de criques. Chacune a son charme propre, sa marque, les unes avec des grottes tortueuses qui laissent découvrir le sable blanc aveuglant,
 d’autres avec un arbre fou qui s’écroule, tout tordu, et fait une ombre légère au plus fort de midi. (c'est le même arbre! merci internet!) D’autres encore avec une petite rivière toute fraîche qui papote entre des blocs de lave moussus. Les rayons de soleil dans l’air humide et parfumé irisent les toiles d’araignées. Les arbres sculptures végétales avec leurs lianes et leurs racines tendues comme des nerfs.
 Parfois un ruisselet dégringole ente les fougères arborescentes, ça sent la terre fraîche, la jungle épaisse, tissée comme un rêve au dos des collines. On plane complet ! On bouffe des mushrooms dans cette ambiance forte et mystérieuse,
 , on nage, on se fait rouler par les vagues, on court le long de la grève dégagée par la marée. Le ciel flotte devant nos pieds, les nuages s’étourdissent de couleurs et de motifs ; on passe des heures dans des trous d’eau corallins à observer la folie de la création : les crabes oranges et bleus aux yeux brillants et motifs psychédéliques, les poissons arc-en ciel, les poissons perroquets, les poissons festival de couleurs offert par la nature pour le plaisir des yeux. Tout un monde halluciné de coquillages et d’oursins géants bleus, d’étoiles de mer langoureuses et de poissons semi batraciens qui narguent les petits crabes gris rose. Les singes noirs ou blancs descendent brouter le varech, les oiseaux scandent le rythme des levers et cochers de soleil.
 Cette presqu’île est un parc national qui abrite aussi un type de Buffalo sauvage assez rare, il faut payer pour entrer mais nous, on passe par les plages et d’ailleurs on ne rentre guère dans l’intérieur, plus sec et épineux ! On passe une semaine magique. On rencontre un chouette indonésien freaky qui a vécu en australie. Très sympa.
 (ce n'est pas lui mais comme il lui ressemble! !) _________________ sincere but not SERIOUS |
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| Sujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984 Jeu 25 Jan - 21:50 | |
| On part pour Cilacap en bateau à travers les palétuviers et les bras de rivière où les gents pêchent les crevettes et vivent comme en Amérique du sud dans des maisons sur pilotis. Puis on part en stop. Ça se passe très bien. On arrive à Yogjakarta au coucher du soleil. Je retrouve la ville avec son kraton (le palais du sultan) et ses quartiers derrière le château d’eau. Le Taman Sari était autrefois un jardin de plaisance pour le sultan et ses femmes, avec de petits lacs, des souterrains, des cascades, des jardins dans un style un peu hispanique colonial. Les murs sont blanchis à la chaux et les arches semi gothiques. Maintenant c’est à moitié en ruine avec des petites maisons javanaises et des bananiers. Tout un dédale sympa où de jeunes artistes essayent de survivre.

 Le marché aux oiseaux où nous allons chercher des plumes pour faire des boucles d’oreilles. Il y a pleins d’oiseaux de toutes les couleurs dans de jolies cages en osier tressé. Il y a surtout des pigeons à qui ils enseignent à voler et à revenir, apparemment des pigeons voyageurs ! Toujours le même kampong Sosrowidjayan à moitié désert de touristes en cette saison intermédiaire. Les mêmes petits mecs mi freaks qui zonent et parlent de méditation et de magie mais qui n’ont pas grand-chose dans la tête. Je ne retrouve pas mon amoureux de la dernière fois, c’est un junky, il a dû mal finir…
 On vend pas mal d’artisanat. On s’installe carrément rue Malioboro. On provoque des attroupement gigantesques et on vend correct. Pas cher mais la vie ici n’est pas chère du tout. Le musée est intéressant, on voit combien les gents d’ici sont artistes, il faut voir les objets usuels des familles riches entièrement décorés. Il y a une salle sur les wayang (marionnettes) il y en a beaucoup de sortes. Le wayang orang est une sorte d’opéra avec de riches costumes et beaucoup de parlottes. Le wayang topeng avec des masques, le wayang beber est un rouleau peint qui se déroule pendant que l’orchestre traditionnel, le gamelan joue derrière. C’est une sorte de bande dessinée racontant la trame de l’histoire, c’est assez populaire. Toutes les histoires dérivent du Ramayana, grande épopée hindoue à laquelle se rajoutent des épisodes de clowns bien javanais !
  On peut voir des objets datant de la période bouddhiste soir 700 ans après JC. C’est un bouddhisme avec de nettes influences tantriques. On voit des objets de culte presque semblables à ceux du Népal. Des cloches et des vajra, des lampes à huile. Il y a aussi de petites lampes de chevets suspendues car les indonésiens redoutent de dormir dans le noir ! Les jours passent, on vend tous les jours sur Malioboro, les flics sont un peu dubitatifs, mais on les fait rire, ça passe ! En attendant on gagne notre pain quotidien ! Je me branche avec des petits mecs dans le marché aux oiseaux. Je vais y faire des batik. La première fois que je me retrouve avec un canting dans la main je tremble comme une feuille. (Le canting est un petit récipient que l’on rempli de cire fondue et qui sert à tracer les motifs du batik)
  je fais deux batiks, le résultat n’est pas terrible mais c’est une bonne pratique. Ça demande vraiment beaucoup de concentration et de patience. Je suis un peu impulsive et les erreurs ne pardonnent pas. Mes professeurs sont sympa !
 Je cherche des plumes dans le marché aux oiseaux et je fais quelques boucles. Et un peu d’artisanat pour renouveler le stock. J’en donne aux petits mecs des batiks, ils sont tout contents ! Je vais à l’immigration qui me retaxe 30 000 roupies et me lèse de 6 jours sous prétexte que j‘ai droit à 90 jours au total, les rats ! Mylène va à Singapoure et revient pour deux mois, remarque le ticket aller retour vaut plus que ce que je paye. Les visas, éternel problème des voyageurs. _________________ sincere but not SERIOUS |
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| Sujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984 Ven 26 Jan - 22:13 | |
| Le jour de la pleine lune on va à Borobodour. On arrive en fin d’après-midi et on se bouffe les champignons de Bukittingi. Pas trop trop fort mais ce qu’il faut ! C’est un endroit magique. C’est une stupa géante construite autour d’une colline, elle lance ses doigts vers le ciel. La stupa principale se détache sur une chaîne de montagne dentelée qui rappelle la silhouette du monument, comme une copie naturelle ! Je sais qu’elle est connectée à Macchu Picchu.
 Les pierres lancent leurs chaudes vibrations, on revoit dans les effluves tièdes le travail de ces hommes qui prenaient le temps d’élever une œuvre entièrement symbolique. Toute recouverte de bas reliefs, la galerie des pèlerins commence à la porte est et monte en spirale autour du temple pendant près de cinq km pour déboucher sur la plateforme du sommet. en fait c'est un gigantesque mandala en trois D
 On voit un super coucher de soleil qui caresse les pierres noires, polies par les ans. Je médite près d’une stupa encore chaude où le Bouddha contemple la jungle foisonnante à ses pieds d’un air infiniment serein. Bientôt la pleine lune se lève derrière les cocotiers. Elle monte dans le ciel cristallin et nous avec ! Le chant des mosquées alentour rappelle qu’il est loin le temps où Borobodur accueillait des pèlerins venus sans doute des quatre coins de l’Asie. Il parait qu’il a été laissé complètement à l’abandon peut de temps après qu’il ait été consacré car la dynastie Sailendrea, alors régnante, fut renversée par les hindous. Plus tard le site fut plus ou moins razzié par les musulmans et lorsqu’en 1814 il fut (re) découvert par un anglais, il était en train de s’enfoncer : mal fortifié à la base, le drainage insuffisant et les moussons provoquèrent des glissements de terrain et l’Unesco dût faire appel à des capitaux gigantesques pour le démanteler pierre par pierre, traiter chacune contre la moisissure et les replacer tel un puzzle géant avec les concours d’un ordinateur. Mais le dépouillement de la stupa ultime rappelle que tout est impermanent, était ce vraiment nécessaire de s’atteler à ce travail de titant ? Les pierres de laves n’accueillent plus que des touristes qui s’extasient, certes, devant le travail artistique mais la leçon des bas reliefs est elle encore vivante ?
 On trippe bien dans les couloirs magiques où la lune joue avec la pierre. Mais des gardiens nous découvrent, un peu ennuyés, ils nous font sortir de la première enceinte mais nous laisse « méditer » près du temple. On le voit traverser la nuit comme un vaisseau spatial. Au petit matin, on saute la barrière et on médite face au soleil levant. Les doigts de rose de matahari (l’œil du jour : le soleil en indonésien) réveillent peu à peu les statues et après une séance de yoga sur la plateforme au milieu des personnages antiques, on prend la galerie des pèlerins. Les bas reliefs sont très vivants, ils bougent encore !
 Ils racontent la vanité mais aussi la beauté de ce monde terrestre. Des arbres, des fruits, des fleurs, des animaux, la cour du roi, les gents du peuple. On dirait une bande dessinée parce que les multiples renfoncements et coins forcent le visiteur à contempler pan par pan le déroulement des séquences. Le soleil réchauffe peu à peu les scènes. Le roi distribuant des mets aux mendiants, des bateaux de marchands naviguent sur une mer stylisée. Dans les étages supérieurs c’est la vie du Bouddha qui est racontée. Depuis sa présente incarnation jusqu’à son illumination. On s’écroule un moment à l’ombre d’un mur.
 On se réveille dans cette ambiance magique, il commence à venir du monde. On part, les même gardiens que hier nous saluent et nous sourient, qu’ils sont cool les gens ici ! Puis on part à pied jusqu’à Mendut. On se baigne en passant dans une jolie rivière. Le temple de Mendut rappelle plus un temple hindou mais le Bouddha et ses deux disciples sont là, dans la pénombre, glorieux de détachement. On part doucement avec la tête claire, pleine d’images et de sourires, quel bel enseignement ! _________________ sincere but not SERIOUS |
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| Sujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984 Lun 29 Jan - 8:47 | |
| On glisse pour Bandung où nous attend Deden, le copain indonésien que nous avions rencontré à Pangandaran. On a acheté le matériel pour faire des batiks à yogja et on s’y met avec envoûtement. Dessiner, passer le premier trait au canting, peindre, bloquer (recouvrir ce qui est déjà coloré pour passer( une autre teinte), repeindre, rebloquer, faire des bains pour le fond, craquer (le cracking : procédé où l’on fait craquer le cire et on replonge dans un bain plus foncé, ainsi on obtient des effets) Tout un procédé plein d’embûches pour la main trop pressée, qui laisse tomber une grosse tâche de cire ou une malencontreuse trainée de peinture. Le temps passe vite, ça se passe très bien avec Deden, copain copain ! Il y a pleins de petits mecs du coin qui passent. Un proprio de rickshaw qui nous le prête, alors on s’amuse à faire des tours en rickshaw, Mylène au vélo et moi derrière ou vice-versa ! C’est raide et ça n’est pas évident pour tourner ! Majalaya:gros bourg Javanais de base :
 Deden, sa mère et sa grand mère (hadj) sa mère était en Arabie Saoudite lors de notre séjour
 derrière on voit la salle de bain, c'est une maison traditionnelle bâtie autour d'une cour où nous faisions les batiks
Un jour on va camper dans un cratère avec eux. C’est un super coin magique. On descend dans la jungle vers le cratère où bouillonne de la vapeur sous pression. C’est assez fascinant, ou dirait le temps des dinosaures ! La végétation est assez folle avec des fougères arborescentes jusqu’au bord du cratère et les vieux arbres majestueux drapés de lichen et de mousse de virginie abritent des singes et des oiseaux moqueurs. On se baigne dans une petite piscine naturelle chaude entourée de végétation luxuriante. Là c'est moi!
 On se marre bien avec les petits mecs du voisinage : Breho le rickshman fou, Asco un jeune à cheveu long qui dessine fort bine, Deden bien sûr et sa grande gueule et un ami qui a le bras morflé par un accident de moto, danny, et un mec riche qui nous a amené avec son pick up. Il fallait bien ça pour monter la pente abrupte avec tout le matos de camping ! Des champs de riz on grimpe dans une lande volcanique, on passe une forêt de pins qui sent bon la résine et finalement on s’enfonce dans la jungle. On passe une super nuit, guitare autour du feu, discussions auxquelles on ne capte rien car c’est en dialecte local, plaisanteries en indonésien… beaucoup de respect, des jeunes bien sains mais pas coincés, pas d’alcool (sont musulmans) pas de pétards, ça craint trop par ici, mais bien le délire quand même !
 De temps en temps de petites fêtes se forment à la maison de Deden. Un voisin amène sa stéréo, on passe du Jaï pongan, une danse semi traditionnelle javanaise que nous nous prenons à apprendre, ce qui fait bien rigoler tout le monde ; c’est assez sensuel, ça se danse en couple et le cavalier tourne autour de sa partenaire qui exécute des pas provocants. Les mains légères sont bien indonésiennes mais le rythme est quand même assez rapide avec des reprises et des arrêts. En fait ça ressemble un peu au flamenco comme concept ! Après ça se termine toujours en vraie fête, on met de la salsa que j’ai ramené d’Amérique du Sud, ils adorent ! C’est rigolo quand même ! Il y a tout le monde du coin, les mamas, les petits enfants, les ados qui draguent, c’est sympa de faire la fête ainsi toutes générations confondues sans drogues et sans alcool ! En Amérique du Sud aussi ils ont bien le sens de la fête, mais il y a beaucoup de gents bourrés et entre drames conjugaux et bastons, c’est chaud ! Un islam soft mais assez mystique:
 Avant le 1er novembre je vais à Jakarta renouveler mon visa. C’est une galère pas possible : des attendes Kafkaiennes dans des corridors moites, des visages fermés, de longs trajets en bus. Des crises de nerfs avortées ! Mais je m’en sors pas trop mal. Mon amie indonésienne de Kebayoran m’invite chez elle et me fait une lettre de sponsor. Je m’ennuie ferme mais ce sont des parties du voyage, la capitale, une maison de riches avec serviteurs et tout, par contre super bouffe traditionnelle végétarienne... Je vais voir un Wayang Golek. Ce sont des marionnettes en bois très expressives, le dalang (marionnettiste mais aussi chamane) les fait bouger avec des petits bâtons articulés attachés aux bras. C’est le wayang traditionnel de java ouest. Comme d’hab c’est le Ramayana avec des épisodes de clowns en langage courant qui critiquent le gouvernement ! Le dalang:  les wayang :  Je retourne à Majalaya, le village de Deden. Je fais le thème astral du mec riche. Il nous invite chez lui pour que je le lui interprète. Villa de béton et mère maquillée ! Je patauge avec mon indonésien pauvre dès qu’il s’agit d’abstrait, mais c’est très intéressant, même de l’autre coté de l’équateur, avec des saisons différentes, la symbolique est étonnante de véracité ! Il me donne une belle pièce de tissu songket (avec des fils dorés) en remerciement ! C’est bien sympa ici mais il faut bouger, il est temps de glisser. _________________ sincere but not SERIOUS |
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| Sujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984 Lun 29 Jan - 21:17 | |
| On repasse à Yogja puis on glisse à Dieng, en stop. Un paysage bien vert de rizières d’abord puis aux abords des montagnes ça change et le maïs et les légumes apparaissent. Un camion nous monte à travers une route vertigineuse jusqu’au plateau de Dieng. C’est vraiment super. Il y a des temples figés au milieu d’un grand champ, un peu du style du sud de l’Indes. Ils ont plus de 1 000 ans.
 Le temple de Bima surplombe une vallée fantomatique aux émanations sulfureuses.
 On se fait de super ballades en fumant de bons pétards qu’Angel m’avait envoyé (de Goa !) il y a un lac d’eau bouillante qui soupire dans la brume, des cratères de boue grise phosphorescente qui bouillent avec un bruit de succion inquiétant.
 Une petite cascade d’eau orange, des concrétions de souffre jaune fluo .
 Le paysage est extrêmement dénivelé, tout est en terrasse. On se paume dans les petits sentiers doux aux pieds, dans les terrasses de choux fleurs et de pommes de terre dont le vert bleu tranche avec la terre rouge. Quand les mosquées appellent le croyant à prier, c’est comme le chant des montagnes qui résonne à travers les espaces hallucinés. On voit un joli lac vert turquoise et jaune safran. Il y a partout des jets de vapeurs récupérés par des tuyaux qui sifflent.

 Partout ça vit, ça vibre. La montagne résonne du souffle des volcans. La terre respire et les nuages toujours changeants rappellent l’impermanence de ce monde. Il fait bon, la journée le soleil pique mais la nuit ça caille sec ! L’air vif nous rosit les joues. Ca fait du bien de se retrouver en pleine nature après un mois passé en ville. Il fait bon méditer dans le calme ! Je ne sais pas si je progresse dans ma méditation, mais comme je ne sais pas ce que je cherche, ni pourquoi, j’ai l’impression de stagner. Mais insensiblement j’ai quand même l’impression de mieux fixer mon attention et de prendre les choses avec plus de recul. La beauté m’émeut plus profondément et les gents aussi. Mais j’ai beaucoup à travailler au niveau de l’ego ! Déjà trois mois et demi en Indonésie, le temps passe si vite ! On retourne brièvement à Yogja et on le quitte en stop vers l’est. _________________ sincere but not SERIOUS |
|  | | boudhinette Membre


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| Sujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984 Mer 31 Jan - 8:07 | |
| Le départ est un peu long mais après Solo on trace ! On arrive bientôt en vue du volcan Ayuno, un de ces cônes parfait qui émerge de la plaine. A Malang on rencontre un australien qui nous amène chez des amis à lui. Lui est hollandais mais né en Indonésie et elle descend de la cour du kraton(le palais du sultan). Ils donnent des cours d’anglais. Ils nous invitent chez eux et nous donnent même la piaule de leur fils qui fait ses études à l’étranger. Ils sont très sympas et ouverts. On va voir de jolis temples hindous en compagnie de petits indonésiens de Malang bien nazes ! Surtout les nanas qui draguent en couinant et glapissant comme de la volaille. N’empêche, ce vieux temple témoin de l’empire de Singosari a quelque chose de prenant. Est-ce parce qu’il est inachevé ? Les sculptures sont commencées en haut seulement. Les statues qui zonent autours sont fortes aussi : Durga, le char du soleil, Ganesh. Plus loin il y a une petite stupa bouddhiste enfouie dans un profond jardin au ceux des rizières. C’est calme… Les gents qui ont construits ces monuments confondaient hindouisme et bouddhisme, on sent la magie, les rites tantriques, les sacrifices, plutôt que l’atmosphère épurée et mystique du vrai bouddhisme.
  On part pour quelques jours en montagne, on nous a dit qu’il y avait des communautés hindoues au bord du volcan. On s’arrêt d’abord à Tumpang, gros bourg encore dans la vallée. On dit bonjour à un petit temple bien fou avec des fresques et bas reliefs qui racontent des légendes tantriques ; au premier étage ce sont des fables avec beaucoup d’animaux, on s’éclate à essayer de comprendre les tags /commentaires en indonésien ! Plus on monte plus l’historie est trouble. Il y a des épisodes du Ramayana mais surtout des contes fabuleux avec un sanglier et une déesse sanglante et des nains comme Semar et Petruk. En haut seule la porte du sanctuaire est restée debout, comme la porte du cosmos, celle qui donne sur le monde de l’intangible et de l’immatériel. On commence à marcher depuis Kubuklaka, une route pavée de pierres agressives qui serpente entre deux ravins vertigineux et s’enfonce dans une forêt épaisse qui sent bon l’humus. Ca grimpe raide, on est crevées. La nuit tombe, heureusement un camion passe et moyennant marchandage consent à nous embarquer. Les derniers kilomètres sont euphoriques, le ciel s’empourpre et s’étourdit de couleurs chaudes, tandis que la forêt se clarifie et qu’on aborde une zone cultivée. On tombe chez une mama accueillante et douce. Les gens sont beaux et fins, leur accent est très doux. Ils portent des pagnes épais en ikat (technique de tissage particulière et restée secrète) ça change des petits jeunes disco de Malang ! On dort bien avec un plat de braises qui rougeoient sous le lit. Au petit matin le volcan Sumeru nous salut par son cône sobre et raviné. On monte à travers une forêt de mimosas géants dont le parfum est quand même moins fort que chez nous. Il y a aussi des pins qui se balancent dans la brise. On arrive bientôt au bord du grand cratère qui entoure le Bromo. La vue plongeante est vraiment folle, avec un petit pétard dans le nez on délire sur les couleurs des herbes ondulantes, les flancs travaillés du gunung (mont) Widodaren.
 Le vent siffle l’impermanence dans ces solitudes inhumaines. On arrive bientôt dans la mer de sable noir, en plein midi, c’est raide ! Le sable noir moutonne à l’infini. Tout d’un coup on découvre le Bromo, béant, bavant, crachant ses vapeurs nauséabondes pas très haut mais carrément mauvais !

On reste à Cemara Lewang, en haut des lèvres du grand cratère. Tous les couchers de soleil sont magiques. C’est le grand Wayang Kulit (théâtre d’ombre) du monde, le spectacle sans cesse renouvelé de la vie. Jamais je n’oublierai les couleurs du ciel sur les tons métalliques des volcans, la puissance et la gloire ! Et nous sommes bien petits !
 Le matin à 4 heures, la lune brille dans le ciel violet, les étoiles clignotent rêveusement et on part dans l’air léger troublé par le petit galop des chevaux. Les mecs du coin les louent à l’heure pour les gents qui veulent et peuvent : les enculés demandent des sommes astronomiques !
] La montée me parait tranquille, je suis si légère dans l’air du matin, et on est à 2300m.En haut c’est le choc, le cratère est très profond et ça dégage ! Attention les yeux et la gorge ! ça siffle et ça rote, ça hoquette et ça crache des vapeurs jaunâtres qui prennent aux poumons et rendent gauches.
 Le soleil se lève derrière les bords du grand cratère, les ombres virent, le silence s’emplit de présences. Le volcan gronde tandis que les premiers rayons le caressent. _________________ sincere but not SERIOUS |
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| Sujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984 Mer 31 Jan - 8:47 | |
| | terrrible le volcan !!!!!!!!!! raaaaaaaaaaaaaaaa |
|  | | boudhinette Membre


  Age : 48 Inscrit le : 05 Déc 2005 Messages : 174
| Sujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984 Mer 31 Jan - 11:04 | |
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|  | | boudhinette Membre


  Age : 48 Inscrit le : 05 Déc 2005 Messages : 174
| Sujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984 Mer 31 Jan - 21:56 | |
| Plus tard on revient par où on était venu et on trace jusqu’à Rano Pani. Le chemin longe un bon moment les lèvres de la caldeira. On a à gauche le Bromo et à droite le Sumeru. C’est fou ! sumeru au petit matin
 On plonge de nouveau dans la forêt et sentir les odeurs végétales fait comme un baume après tout ce monde minéral et hostile. On arrive dans un joli village au bord d’un petit lac romantique. Les gents ont l’air complètement largués, mais bien ! Ils sont hindous, on voit un petit temple discret avec des offrandes : du maïs, du riz, des fleurs, de l’eau dans des bols en terre noire qui doit sûrement venir de la région parce qu’il en a beaucoup par ici. Les gamins portent des gris gris autour du ventre et des amulettes au cou. Et des bracelets aux pieds représentant des naga (serpents) Les femmes sont fières et très coquettes. Ce sont des Tenger, comme tous les gents qui habitent aux alentours de Bromo. On dit que lorsque les musulmans se sont installés à Java, ces gents sont montés dans la montagne et ont conservés leurs traditions. Selon la légende, un roi et une reine de ce peuple demandèrent au Bromo une descendance et l’abondance dans les champs. La montagne leur accorda à condition qu’ils lui sacrifie leur dernier né. Ils eurent 25 enfants. Mais le moment venu de tenir leur promesse, ils ne pouvaient s’y résoudre, alors le Bromo changea tous les enfants en pierre qui devinrent les 24 montagnes environnantes et il vint lui-même chercher le dernier qu’il engloutit dans son cratère. Depuis le jour du Kesodo, les habitants sacrifient des buffalos et des poulets dans un temple au bord du volcan. C’est une grande cérémonie propitiatoire.
 N’empêche que vivre au bord d’un Bromo ne doit pas porter au sentiment de sécurité, et on doit vivre avec l’impermanence bien ancrée ! Les gents ici sont sages et sereins. Ils cultivent la terre fertile sans rechercher les plaisirs du siècle. Et Steve, le copain australien, a beau dire qu’ils sont exploités et travaillent dur, je les sens biens, tranquilles et heureux de vivre. On redescend dans la vallée. Je profite de l’influence de John, notre hôte hollandais/indonésien, pour faire prolonger mon visa. C’est un peu aller la galère parce que je dois aller à Surabaya, ville horrible, mais enfin, au bout de quelques jours, j’y arrive ! On quitte Malang en stop. On passe par la route du sud qui est assez déserte mais super belle. On passe des petits villages de montagne bien largués où les gents sont forts étonnés de nous voir ! Vers le soir on se fait inviter à passer la nuit chez des gents très sympa. Ils sont assez riches. Télé couleur, stéréo, bagnole classe. Mais ils sont cultivé et intéressants. Ils nous emmènent faire un tour dans Jambu, ville sans intérêt mais calme. On bouffe des œufs de tortues : goût neutre et salé. Je me demande pourquoi ils font tant de battage autour de ça ! Et de bons poissons : quel festin ! Le lendemain matin on repart tôt et bientôt nous voilà à Banyu Wangi où on prend le ferry pour Bali C’est avec émotion que je revois les premiers temples, les offrandes aux carrefours. Même les camions qui nous prennent en stop ont des offrandes accrochées à leur pare-brise. La route est belle en fin d’après midi, le soleil rasant caresse les rizières qui se coulent au flanc des collines. Bienvenues à Bali !
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|  | | boudhinette Membre


  Age : 48 Inscrit le : 05 Déc 2005 Messages : 174
| Sujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984 Ven 2 Fév - 8:01 | |
| On arrive jusqu’à Kuta en stop : un record ! On a du mal à trouver un losmen (petit hôtel) pas cher. En baratinant comme de vrai rats, en disant qu’on ramènera des touristes et en faisant du charme au petit mec on arrive à en trouver un à 2000 (à l’époque : 2 US, d’habitude c’était un demi à un dollar) c’est joli quand même !
 C’est bon de retrouver la plage, les vagues, la farniente sur le sable, les dessins des crabes de sable et l’écume qui mousse et caresse. Les sens parlent et se réveillent, c’est le trip du soleil et du relax.
 On attrape une bonne chiasse chopée je ne sais où qui nous met un coup dans l’aile. Kuta est très sophistiquée, c’est déjà une ville avec ses shops à prix fixe et ses restau de luxe, ses bars turbulents et ses boites. On tombe sur un endroit où les petits mecs se rassemblent, boivent le tuak, infâme breuvage semblable à la chicha andine ou le chang tibétain ! Ce sont principalement des javanais, ils jouent un peu de musique, draguent les australiennes naïves venues chercher un peu de tendresse et de chaleur tropicale, moyennant participation aux frais bien sûr ! Un peu comme les frangine thaï quoi ! Quand on débarque pour la première fois bien stoned et que l’on voit tous ces jeunes indonésiens complètement décadents qui se la joue punk ou new wave on se demande où est la vérité ! Pourquoi singer une révolte qui n’a pas sa place ici hors contexte industriel et urbain ? Pas de violence ni d’agressivité quand même, en fait c’est juste un look qu’ils se donnent. Peut être au fond d’eux même ils ne sont pas si blasés que ça ! Bien sûr ils n’ont plus rien à apprendre des jeux de l’amour et du business. Je me demande vraiment ce qu’ils pensent de nous ! Mylène
 et moi
 On rencontre un indonésien métis, Winnie, qui magouille ici de puis 10 ans. Il a une super baraque délirante. C’est un artiste mais bien largué, il connaît la Colombie et nous passe une vidéo d’un concert de gaîtas (zik traditionnelle de là bas) en fumant des pétards de colombienne ! On se laisse entraîner en boite où un groupe d’indonésiens jouent, c’est pas trop mal. Je m’éclate à danser. Je rencontre un mec qui me branche bien, dommage qu’il soit un peu con con ! Du moins il se la joue cynique…Je flashe sur sa gueule adorable mais je l’envois balader. Pas d’histoires de sentiments maintenant. Je sens pourtant un besoin de partager , de feeling, mais ces petits mecs sont faux, ils recherchent seulement le fric. Je ne veux pas être déçue ni perdre mon temps. D’ailleurs ça les étonne et ils n’en sont que plus branchants ! On vent pas mal, pas tous les jours mais ça aide à vivre. On vent autant aux touristes qu’aux petits mecs, on adapte les prix en fonction bien sûr ! Un jour on va à Ubud chercher du courrier. Je reçois une lettre d’Angel toujours à Goa ! Je me demande dans quel trip il est maintenant. On trouve des champignons sur la route que l’on vent le soir, on en file aussi ! Avec le fric on va se payer un beau poisson, ça fait du bien ! On fume pas mal par ici, on rencontre des gents sympa sinon intéressant. Bref ça change du calme des semaines précédentes, c’est comme en Indes quand on va à Goa après des mois d’Indes profonde : ça fait du bien de bouger de temps en temps et de changer de trip. Mais je me sens déphasée dans cette ambiance, ce n’est plus vraiment mon trip, j’aime la fête et la joie de vivre mais j’aime aussi la créativité et l’harmonie d’une vie simple. Il faut trouver un bon équilibre. Mylène part à Singapour pour son visa et je vais à Celuk, petit village du centre de Bali où ils travaillent l’argent. Je veux apprendre leur technique pour mon artisanat. Procession sur la plage, Bali n'en reste pas moins Bali, même à Kuta, les rites religieux sont là!
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|  | | boudhinette Membre


  Age : 48 Inscrit le : 05 Déc 2005 Messages : 174
| Sujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984 Sam 3 Fév - 21:03 | |
| Le jour de mon arrivée il y a une petite cérémonie au temple du village. On sort le barong qui fait le tour du village accompagné d’un gamelan (orchestre ) réduit au grand gong et des cymbales ainsi que deux tambours. Il fait le tour des maisonnées et les gens donnent des sous. On dit que le Barong a des pouvoirs propres, le masque est vénéré et gardé à un endroit spécial recouvert d’un tissu anti black magik ! Ça rappelle le dragon chinois lors des festivals à Singapour, en plus chamanique !

 Je descends au seul losmen du bled, je rencontre un jeune : nyoman suarto qui accepte de me montrer la technique traditionnelle du travail de l’argent pour les bagues. En échange je l’aide au magasin quand viennent des touristes car il parle très peu l’anglais. De plus je donne des cours d’anglais aux filles de la maison et la mama me nourrit ; bon arrangement pour tous ! J’essaye d’apprendre le travail d’orfèvre, c’est très délicat, il faut pas mal de force physique pour façonner les fils d’argent et beaucoup de doigté pour déposer les différentes pièces d’argent, les coller avec une colle végétale issue d’une graine noire et rouge, quand à la soudure, c’est des plus artisanal : on dévie la flamme d’un luminaire en soufflant dans un stylo vide ! Mais ça marche ! Sertir les pierres est le plus dur, un coup de pince de trop et on les raille ! heureusement j’ai mon stock de pierres indiennes ! Il faut une patience d’ange et des doigts de fées. Je suis loin d’être au point ! Le soir de la pleine lune j’emprunte une bicyclette et vais faire un grand tour dans la nuit moite et vibrante. Quelle sérénité : les rizières d’où monte un brouillard d’argent, les nuages sculptés par la lune, la paix. Après je vais à Cemongan où on m’a dit qu’il y avait une danse de transe : un sanghiang. Un carrefour dangereux fait beaucoup d’accidentés, il faut apaiser les esprits du lieu, donc on fait appel à ces petites filles de dix ans qui sont mises en transe par la fumée d’un bois spécial et les mantra du pedanta (prêtre balinais) Après on les installent sur des chaises portables, comme au Népal la Kumari, les petites vierges ne doivent pas toucher le sol. Elles font le tour du village accompagnées par les gents. Le chœurs des femmes et des hommes se répondent. Sur les petits chemins magiques la procession semble sortir d’un conte de fée. On revient au temple où les fillettes sont invitées à danser. D’abord le chœur des femmes avec ses mélodies subtiles les fait osciller gracieusement. Bien qu’elles aient les yeux fermés elles dansent avec un synchronisme étonnant. Puis le chœur des hommes entame le fameux kecak, et là elles tressaillent et ondulent au rythme frénétique de cet hymne sauvage. C’est assez fou, ensuite le Gamelan prend le relais et la danse est déjà plus traditionnelle.
 Un jour j’accompagne Nyoman à l’odalan d’un temple. Il s’agit de l’ « anniversaire » du temple, qui, si j’ai bien compris, est le temple de leur clan familial. Tous les petits pavillons sont drapés du tissu noir et blanc qui indique l’équilibre des forces. Ils sont décorés d’ ornements en feuilles de palmes et de bananiers et jonchés d’ offrandes partout. Les dieux sont invités à descendre et à occuper leur place respective. Le trône de Sanghiang Widi Wasa, qui est le dieux suprême est toujours au nord est. Il symbolise l’éternelle abondance des biens matériels et spirituels. Sanghiang Widi Wasa
 Nyoman Suarto ignore beaucoup les détails et les significations des rites et des offrandes. En fait seul le pedanta les connaît. On prie et boit l’eau bénite et mange un peu de riz consacré par le prêtre, c’est partout pareil ! La beauté des offrandes est émouvante, les femmes apportent des paniers chargés de fruits et de sweets.
 Elles portent le kain (tissu) traditionnel tenu par une bande sévèrement serrée autour du ventre ainsi que la chemise à manche longue par-dessus laquelle est nouée l’écharpe ; la bande indique qu’on réfrène ses émotions et ses désirs ; je suis également habillée comme cela mais je ne me sens pas très à l’aise dans ces vêtements, il faut marcher à petits pas et faire gaffe en montant les escaliers. Les bambous décorés sont des symboles du naga, le serpent magique et constituent également des offrandes.
  Les jours passent tranquillement. Nyoman est tout naïf, quelle différence avec les javanais délinquants de Kuta ! Un jour en allant au magasin, je le trouve désert et lui en train de faire la sieste dans l’arrière boutique. Je lui dis qu’on pourrait dévaliser la boutique, pleine de vitrines ouvertes débordantes de bijoux ! Mais selon lui, le petit muret construit un pas derrière le portail d’entrée (sans porte)
 suffit à protéger la maison, parce que les zombies ne peuvent tourner ils avancent toujours tout droit ! Je lui dit que des humains, qui eux, contournent facilement le fameux muret, pourraient bien, venir le voler ; mais non, personne ne ferait ça, trop de risque de renaître comme fantôme avide ! Bien sûr quand je discute avec lui, on essaye de s’adapter l’un à l’autre. Il me dit par exemple (en parlant des esprits) « de toutes façon comme vous n’y croyez pas, vous ne les voyez pas » j’ai trouvé ça assez sage comme réflexion… _________________ sincere but not SERIOUS |
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