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sumatra java Bali en stop 1984

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boudhinette
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LionRat
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MessageSujet: sumatra java Bali en stop 1984   Dim 7 Jan - 21:25

prochainement, décollage pour l'Indonésie, où avec ma copine Mylène nous avons trippé en 84 et 85. Mylène vient du sud de la France aussi, et comme moi elle a tout juste 24 ans (à l'époque Laughing Laughing )
elle a vécu toute son enfance en Afrique et comme moi, elle a déjà 7/8 ans de route derrière elle. on s'est d'ailleurs rencontrée dans l'avion de Singapoure à Jakarta deux ans avant. On s'est revue l'été suivant en France, à faire les marchés du sud pour vivre d'artisanat fait par nous ou ramené d'asie. On s'était donné RDV dans un monastère du sud de la Thaïlande où j'ai passé quelques temps à méditer, ensuite petit séjour à Puckett pour mon anniversaire et à Penang, ville chinoise du nord de la Malaisie. on a pris le petit avion de Penang, à Medan, port sur la côte de Sumatra, direction le pays Karo

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Crocell
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MessageSujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984   Lun 8 Jan - 10:49

J'ai hâte de le lire celui là Smile
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boudhinette
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LionRat
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MessageSujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984   Lun 8 Jan - 21:30

On prend l’avion samedi 4 août pour Sumatra. Arrivée en douceur à l’aéroport après 20mn de vol seulement. On essaye nos premiers mots d’indonésien ce qui nous vaut un bon prix et un contact sympa avec le taxi. On se cale dans un mini bus brinqueballant pour Berastagi. C’est comme prendre un ascenseur ! La route quitte bientôt la plaine pour grimper, grimper sans fin. Le minibus gémit à chaque épingle à cheveux mais assure jusqu’au bout.
On arrive dans une zone de forêts avec des lianes folles, de petits villages gagnés sur la jungle, des champs de manioc et de bananiers. Tout est défriché par brûlis. Tout d’un coup on émerge sur un haut plateau brumeux. C’est la fin de la journée. La rue principale de Berastagi est crado et embourbée. Les innombrables transports braillent et détruisent nos tympans à chaque passage. On trouve un losmen (petit hôtel familial en Indonésie) pourri et assez cher. C’est difficile puisqu’il n’y en a qu’un ! La douche se fait à l’indonésienne : un réservoir d’eau (fraîche) où on puise avec une petite casserole, on s’asperge soi même d’eau qui s’écoule par une rigole hors de la pièce. Les petites, vraiment petites chambres sont en bambous tressés passés à la peinture blanche, plus très blanche. Derrière la maison les poules les porcs et les chiens zonent dans un cloaque. Les odeurs d’ici, je retrouve l’Indonésie !


Le lendemain on est invitée via notre hôte à un mariage karo. C’est la région des bataks Karo, un peuple dont on ne connaît pas trop l’origine si ce n’est que des détails de leur culture les rattachent à l’Inde. Leur langue est apparentée au dravidien ainsi que leur script. Le calendrier divinatoire qui est (était ?) au centre des activités du « guru » prêtre magicien est issus du calendrier tamoul. Le métier à tisser et les motifs de leurs tissus traditionnels pourraient être comparés avec les tissage de la côte est de l’Indes. La culture dur riz en rizière provient aussi de là bas. De toute façon on sait qu’il y a eu des échanges entre le sud de l’Indes et Sumatra, appelée l’île aux épices par les rois tamouls.
C’est une société patriarcale. Pa (bapak, le père) est un terme de respect. Pa Pelawi est le propriétaire du losmen où nous sommes et il nous explique malicieusement qu’il est le roi chez lui ! Sa femme court à droite et à gauche pendant que lui siège dans son bureau et accueille les touristes. C’est universel je vois !!!!
C’est aussi une structure patrilinéaire et comme le nom du clan est extrêmement important, il y a interdiction de se marier à l’intérieur de la même marga (famille élargie qui porte le même nom) par contre il y a des mariages entre proche cousin du style les fils du frère marient les filles de la sœur, le nom de la lignée est ainsi conservé. Soi disant il y aurait en tout cinq marga dans le pays Karo, divisés en sous clans etc.
Les subtilités hiérarchiques de leurs histoires de famille m’échappent totalement, mais ça a l’air très important !
Apparemment la famille du coté du mari est plus puissante et constitue le kalibumbu (branche mâle) du coté de la femme c’est appelé anakberu. Maintenant il y a un moyen degré appelé senina, mais je n’ai pas compris qui c’était ! Moi qui me paume déjà avec les familles nucléaires ! Apparemment ces hiérarchies sont très respectées. A l’occasion des cérémonies ce sont les anakberus qui cuisinent et organisent la fête pour leurs kalibumbu, leur place assise au cours des cérémonies est régie strictement par ces mêmes règles. De plus à l’intérieur des maisons communautaires et sans murs de division, les emplacements de chaque famille ou jabu sont en théorie alloués selon la même hiérarchie.

Leur maison constitue la base est le coeur de leur culture. Ce sont des maisons qui abritent parfois jusqu’à 100 personnes. Quand elles apparaissent, jaillissant des bouquets de bambous avec leur toit pointu comme deux cornes de buffalos, on se sent en pays karo. Elles sont à 5 m du sol environ, posées sur de massifs piliers, la base repose sur des poutres maîtresses orientées rituellement. Recourbées à l’avant et à l’arrière, on dirait la quille d’un bateau. Aux deux entrées il y a des plateformes dont le sol est fait de bambous coupé&s en deux, les murs eux-mêmes sont en lattes de bois disposés en écailles et assemblées à l’aide de cordes qui forme par leur tressage un lézard symbole de prospérité. Les murs sont très bas et il y a quatre fenêtres de chaque coté avec de petits volets. Le toit est énorme, écrasant la maison de ses dimensions : environ 9 fois les proportions des murs.

A l’intérieur de celle où a lieu le mariage, huit familles se partagent l’espace réduit. Il fait très sombre. La fumée des quatre âtres a noircit les poutrages. Pendus du plafond, des paniers grossièrement tressés abritent les biens nécessaires à la vie quotidienne. Comme meuble : un vaisselier où sont rangés les assiettes en faïence et les verres. Les instruments de cuisine et les casseroles s’empoussièrent dans le range tout. Les cinq pierres de l’âtre partagent deux zones, une pour chaque famille.



Ca ne doit pas être évident de vivre une telle promiscuité !
Au centre une rigole sert de poubelle, de pissoir et de couloir ! On voit les porcs et les chiens en dessous ! Le sol est en bois recouvert d’une natte grossière et de nattes plus fines qui font parties aussi des objets du trousseau de la femme. Ainsi que les paniers à riz en pandanus (une sorte de palme) tressés. Les familles riches ont une armoire où sont rangés les sarongs (pièce de tissu utilisée comme jupe pour homme et femme, pas les mêmes motifs et pas mis de la même manière). Il y a quelques jerricans, seaux et bassins en plastique sinon c’est le moyen age !

Derrière le petit carré d’espace commun d’environ quatre m2 un rideau sépare la chambre matrimoniale, c’est là que sont conçus les enfants, ensuite tout le monde dort ensemble sur la natte commune. Il y a des étagères abritant des offrandes pour les membres de la famille décédés dans certaines conditions et qui, soi disant, restent dans les parages, des mezzanines abritent les nattes et paniers pour le marché, les outils les instruments. Je trouve qu’il y a beaucoup d’espace perdu en hauteur.
Ca dégage misérable et peu fonctionnel. Pas de lieu de culte ni de temple familial.
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boudhinette
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MessageSujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984   Mar 9 Jan - 21:51

Tout le plateau est très fertile. Il y a des cultures à perte d’horizon, poireaux, choux, tomates, carottes, fenouils, haricots, pommes de terre et aussi des légumes plus tropicaux comme le plantain et le manioc. Eux bien sûr ne que mangent que du riz blanc et des fèves ou épinards avec parfois, les jours de fêtes surtout, des morceaux de porc. C’est bien pauvre, je ne comprends pas, quand même, pourquoi ils ne varient pas un peu leur diète alors qu’il y a de tout en abondance !
Ce mariage n’est pas une grande histoire. A part les costumes pleins de couleurs et le coté visuel. Là se sont des tofs péchées sur le web, ce sont des riches, "mon" mariage karo était nettement moins classe, mais néamoins les costumes étaient de ce style:

Dans le bâtiment public ou jambor, les familles des deux cotés se rassemblent et se placent selon leur rang. Puis la famille de la mariée en file indienne offre les présents du trousseau.

Ensuite c’est au tour de la famille du marié de payer le prix de la dote. Une partie a été payée au moment des fiançailles quand la somme totale a été discutée et convenue. Le gros de la dote constitue le cœur de cette cérémonie qui est le coté social du mariage. Le rituel propre de l’union se fait très simplement dans la maison du père. Les deux fiancés mangent du même plat et le guru guérisseur influent du coin leur fait un sermon sur le sérieux de leur nouvelle vie, leurs responsabilités etc.

Dans la cérémonie au jambor, c’est le lien vis-à-vis du clan qui est célébré. Ce sont deux familles qui se rencontrent et se présentent. Et touts les degrés de hiérarchie sont reconnus. Le prix de la dote est partagé traditionnellement entre les membres de la famille de la marié. Chacun se présente et discute. Ca dure des heures. On s’emmerde ferme !
Puis un repas est partagé. Les tables traditionnelles : un tronc de bois vaguement équarri, et les assiettes : des trous creusés dedans ! Bonjour l’hygiène ! Le riz et les légumes sont au rendez vous améliorés de bouts de porcs : on se tire avant ! Les gens sont assez froids, on voit qu’il y a des touristes dans la région, ils ne sont pas chiants non plus mais pas très branchants. A part deux petits mecs qui nous demandent d’où on vient. On leur répond Perancis (La France en indonésien) alors le moins timide demande : c’est près de Jakarta ? On essaye de ne pas rigoler et on leur explique que la France est très loin, encore plus loin que l’Indes. Donc pour eux c’est Amerika ! OK on le leur concède de guerre lasse !

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boudhinette
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MessageSujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984   Mer 10 Jan - 8:29

Le lendemain on fait une super ballade au sommet d’un volcan : le Sibayak, qui domine le paysage des plateaux.
le Sibayak

L’approche se fait à travers la jungle épaisse ! Les cris d’animaux résonnent comme dans un rêve, les échos, le bruissement des bambous et le vent soufflant au sommet des arbres nous accompagnent. On s’élève rapidement par un petit sentier aux marches formées par des racines. La dernière partie est bien raide ! On domine les plateaux. On voit au loin un autre volcan parfait : le Semagung. On bascule brusquement dans un cratère hallucinant. Des geysers et concrétions sulfureuses avec un lac où bouillonne une boue argentée. On entend des bruits de pressions, de succion, des sifflements, la brume qui passe renforce le coté démoniaque de l’endroit. C’est vraiment fort !

On se sent complètement écrasées par la nature. Et l’impermanence ne fait plus aucun doute ! Des indonésiens exploitent le souffre et redescendent avec des sacs de 40 à50kg sur le dos ! Ca fait peine. Les odeurs d’oeuf pourri retournent le cœur, ça doit être assez toxique.

La falaise taillée par l’éruption et tapissée de souffre jaune vif fluo apparaît et disparaît derrière les vapeurs issues des entrailles de la terre.
Tout ce mouvement rappelle que la terre est vivante, elle respire, brûle et secrète dans son grand corps amorphe.


A la redescente on va se baigner dans des sources d’eau chaudes qui coulent du flanc de la montagne. Au coucher du soleil on revient par la petite vallée qui se coule entre deux collines issues du volcan. Super fertile et fleurie, les gens sont gentils et souriants.
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MessageSujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984   Jeu 11 Jan - 7:58

Le jour suivant on se fait une autre ballade sur le plateau. On se déplace en stop, ça marche très bien, mais il n’y a pas beaucoup de voitures, plutôt des pick up remplis de légumes !
Les villages rencontrés sont un peu tous pareils. Quelques maisons traditionnelles orientés Est Ouest, et le reste disséminés n’importe où. Le jambor (lieu communal) a le plus souvent un toit en tôle ondulée. On voit parfois un mausolée pour les crânes des ancêtres importants. Maintenant les gents construisent des tombes puisqu’ils sont chrétiens, enfin, je n’ai pas vu trop d’église ! Les tombes sont disséminés dans les champs, les prêtres doivent avoir la vie rude ici !

Une famille nous invite à partager un repas de fête parce que la fille vient de revenir à la maison avec son fils nouveau né. C’est l’occasion d’une réunion familiale de plus. Bouffe et compagnie. Dans ces peuples obnubilés par la famine, partager un repas est un acte sacré : il scelle les alliances, fête les naissances et la mort. On se retrouve donc sous le jambor avec la traditionnelle table/tronc de bois et ses fameuses assiettes creusées dedans. Ils amènent le repas. Des légumes style feuille de manioc et, horreur, du porc cru dégoulinant de sang ! On se sent très mal, refuser, c’est une insulte, mais comment ingurgiter cette mixture malpropre autour de laquelle volent des mouches ! Je tente d’expliquer qu’on ne mange pas de porc ! Ca ne marche pas, la femme nous répond que les blancs (lit. Les hollandais !) mangent du porc. Alors on en prend un peut du bout des lèvres, j’ai l’estomac retourné !
un jambor

La vie de ces gents est très simple mais un peu galère. Il n’y a pas de magie comme chez les indiens ou les balinais. La résignation est là, mais pas l’aspect mystique. Les liens familiaux sont garantis d’entraide et de chaleur sociale. En cas de problème dans le couple, la femme se réfugie chez son beau père s’il elle est prête à accepter un compromis, ou chez son père à elle si elle est vraiment fâchée. Les frères et sœurs qui sont dits « issus d’un même fœtus » essaient à tout prix de les réconcilier. La femme n’a pas droit à la charge de ses enfants si elle divorce, de même si son mari meurt. Si elle est encore jeune (sous entendu, peut encore avoir des gosses) elle se remarie, généralement avec le frère de son ex. Sinon elle reste seule mais ses enfants passent au clan du mari s’ils ne sont pas déjà mariés. Sans doute une solution pour subvenir à leurs besoins.
Il n’y a pas vraiment de force dans leur culture. Ces histoires m’intéressent parce que je vois que partout la souffrance est issue de l’ignorance, qui est peur et insécurité. D’où la nécessité de ce système complexe, basé sur les liens de famille et de propriété. Evidemment la femme n’a droit à aucun héritage et elle n’utilise pas d’argent à elle. Ca c’est la tradition mais les choses changent !
Il fait frisquet le soir à Berastagi, le brouillard tombe avec le crépuscule, on boit du bandrek, boisson chaude à base de gingembre, poivre et autres herbes avec du sucre issu d’un arbre : gula merah, très parfumé.
Berastagi

On part en stop pour Panguroran à travers les paysages grandioses du plateau. On voyage sur un chargement de choux ! En Asie quand on fait du stop, il ne faut pas tendre le pouce, ils ne connaissent pas. Il faut faire signe comme pour les faire ralentir. Ensuite il faut dire où on va et si ça colle de suite s’assurer s’il faut payer ou non. Il y a deux sortes de gens qui prennent en stop pour les longues distance, les camions ou les gens riches. Les premiers font souvent payer, c’est en général moins de la moitié du prix du bus. Enfin il faut négocier. Les gens riches ont des voitures, parfois avec la clim, ils sont contents de nous prendre. Pratiquent leur anglais et nous montrent le pays. Ils sont fiers d’être vus avec des blanches et souvent une invitation chez eux est de rigueur. Jamais AUCUN problème en tant que nana !
les beaux choux du plateau:

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MessageSujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984   Ven 12 Jan - 13:27

Qu’il est beau ce plateau : vallonné, crevassé de profondes ravines creusées par les cours d’eau. Dominé par les volcans et autres montagnes. Au détour d’un virage on a une vue à pic sur le lac Toba. C’est fabuleux. Bleu de lac et vert velouté des pans abrupts. Ca vaut le détour par derrière l’île de Samosir.

On descend pendant 22km et on a tout le temps d’admirer les chatoiements des versants de ce rebord plongeant qui est en fait une immense dépression volcanique. Au creux des ravines, des rizières et des villages aux maisons traditionnelles, mais couvertes de tôle ! Ici les baraques font encore plus bateau. Plus élancées, le devant est très travaillé avec des renfoncements et des mezzanines qui s’ouvrent à l’est par de petites fenêtres taillées. Il fait plus doux, il y a des cocotiers et des papayers, c’est vert dans les petits ravins.

C’est le marché à Panguroran. On se mange des nouilles avec une bonne sauce cacahuète. Il y a des petits trucs sympas mais surtout beaucoup de plastique. Quelques Ulos (écharpes traditionnelles) tissées avec la technique ikat dans des tons de bleu chine. On va passer la nuit dans les sources d’eau chaude. Elles coulent de la falaise à vif, dans les tons gris argentés. On se prend un bain dans le soleil couchant, avec autour les flancs veloutés des montagnes dans le bleu profond du lac. Au fond un volcan tronqué plane comme un symbole au dessus de la vie quotidienne.

Le matin on glisse vers Tuk tuk qui est un petit village à concentration touristique. Les bataks d’ici, soit batak Toba ont construits des maisons traditionnelles pour les voyageurs, mais ce n’est quand même pas Bali, c’est très calme. On entend juste le clapotement des vagues et parfois un bateau qui passe. On trouve une maison pas chère. C’est la vraie baraque batak avec le toit à angle obtus, orientée face au soleil levant. La famille est très pauvre mais sympa.
On se coule des jours tranquilles : méditation, yoga, on nage dans l’eau fraîche et on s’écroule au soleil. Les bataks ne sont pas très fins mais sympa. Leur style de vie n’est pas vraiment fort, on ne les sent pas porté par la profondeur des peuples hindous mais ils sont en belle harmonie avec leur environnement.
C’est le quotidien, les femmes bossent à la maison et dans les champs, les mecs assurent les boulots communautaires comme la construction des routes, des rizières, des maisons et des bateaux. Mais en général ils zonent dans les petits cafés à fumer des kreteks et jouer aux échecs. Leurs histoires de familles sont fortes aussi. C’est l’entraide et les obligations sont nombreuses. On disucte un peu avec des jeunes de notre âges (des mecs bien sûr), ils sont déjà mariés, pas vraiment par amour mais le mariage est arrangé par la famille. Ils nous envient, leur destin est tout tracé, enfants, boulot avec les touristes… Un quotidien juste au dessus de la survie. On essaye de leur expliquer que chez nous c’est pareil, que la plupart des gents vivotent sans grande perspective mais pour eux on reste (et on est, il faut le reconnaître) toujours des privilégiées !


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MessageSujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984   Sam 13 Jan - 23:01

On va visiter des petits villages aux alentours. Il y a Ambarita où les chefs se réunissaient dans une « salle à manger » d’un ancien roi. C’est là qu’ils décapitaient leurs prisonniers ! de loin en loin on trouve un îlot magique : une vieille maison sous un banyan gigantesque, le regard rêveur d’un vieux à la fenêtre, un groupe discutant autour d’une cage à oiseaux tressée en bambou.
Horas veut dire bienvenu

On va à Tomok où je vends un peu d’artisanat. (Depuis l’Amérique du Sud, je vis en fabriquant et vendant des bijoux, partout où je passe, ça marche pas mal ! Je m’adapte au niveau de vie local bien sûr !) Il y a un temple sous quelques banyans où des tombes attendent la venue des touristes.

Les bataks, bien animistes avaient de nombreux rituels en ce qui concerne l’âme de leurs ancêtres. Et les tombes anciennes sont surmontées du singa : sorte de lion mythologique pour écarter les mauvais esprits. Il y a aussi un champ de ces statues primaires représentant le guru, le roi et la reine, personnages issus d’un histoire ancienne, du temps où la pluie ne venait pas et il fallut sacrifier des buffles et faire toutes sortes de rituels que le guru performa et il plu !
C’est un peu toujours la même histoire.

J’apprends surtout ici le fait de la misère mentale. Ces gents n’ont pas grand-chose, c’est vrai, mais ils manquent surtout d’idées. Avec toutes les matières premières qu’ils ont, les légumes qu’ils cultivent et tout ils pourraient vivre bien mieux. Mais ils se laissent pas mal aller. Routine, manque d’initiative, indolence…Et encore ils ne boivent pas comme en Amérique du Sud ! Mais le fric est trop important, c’est la possession qui détermine le statut, qui a un jean, une moto, une radio…
On part faire une rando sur les hauts plateaux de cette île Samosir, qui n’en est pas vraiment une, en effet une fine bande de terre la rattache au bord du cratère géant.
Départ tôt le matin et bonne grimpette jusqu’au bord du plateau où il y a une super vue sur le lac. Puis on plonge dans la forêt, curieuse végétation mixte où d’immenses pins se mêlent aux fougères arborescentes et à un sous bois tropical. C’est long, les arbres craquent et se balancent dans le vent. Des bruits bizarres rappellent que les esprits existent pour les bataks, et, malgrès notre rationalité, pour nous aussi ! On marche des heures, il nous semble, après on débouche sur un chemin pavé qui serpente dans une forêt moins dense. A la fin on arrive sur un plateau et on commence à voir des maisons traditionnelles. On boit un pot chez des gents forts pauvres. Il y a des chevaux semi sauvages partout. Petits, bourrus mais assez racé quand même. Mylène monte sur un petit baie brun à peine débourré. Stupéfaction et effarement des jeunes qui nous ont suivis : les femmes ne montent pas à cheval ici ! Tidak boleh : elles ne peuvent pas. La selle est faite d’un morceau de plastique, le mors est une corde passée dans deux morceaux de bois et sous la barbe pour former deux rênes primaires. Mylène le casse un peu, il n’a pas l’habitude ! Il faut dire qu’elle a monté des chevaux sauvages en Afrique et c’est une cavalière émérite !
Le bruit a dû courir. Au prochain village on est invitées dans la maison du chef du village qui s’appelle Rangu ni huta. C’est une maison batak. Les vieux sont super classe. Leur cuisine derrière est sortie tout droit du moyen âge avec des poutrages noircies par la fumée. Les vieilles marmites mijotent, les nattes sont tressées avec des motifs de couleur.
Ces gens ne parlent pas trop indonésien et bien sûr pas un mot d’anglais. Mais bon feeling ! Le matin on nous offre l’éternel riz et ces feuilles de manioc pelées et assaisonnées qui ont un peu le goût des épinards. Ils refusent tout argent, semble tristes qu’on parte ! On s’en va sous une petite pluie fine. On commence à descendre vers l’autre coté de l’île par des cañon ravinés où poussent des énormes fougères. La région se fait plus cultivée et plus habitée. On passe de jolis villages bataks qui sont construits dans une enceinte de terre de 1.5mde haut surmontée d’une palissade de bambous pointus, c’est une bonne fortification et en plus le village est caché jusqu’à ce que le voyageur ait le nez dessus. Toutes les maisons se font face. Les gents sont sympa et accueillants par ici, on boit des litres de thé ! On continue le long d’une rivière à sec où s’étagent les rizières.


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MessageSujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984   Dim 14 Jan - 21:37

Bientôt on voit le lac qui miroite de ses eaux métalliques. On arrive à Simbolon un peu naze. Il est midi, heureusement le temps est voilé. On bouffe dans une petit warung (restau de rue très simple) où la mama nous sert avec plein de gentillesse et d’attention. On va se baigner ensuite ce qui fait un bien fou ! Puis on continue par les rizières et les champs. Au passage on se trempe dans des sources d’eau chaude qui affleurent entre deux rochers, on n’en aura pas loupé une ! Vers le soir, bien crevées on se fait héberger par une charmante famille à Sianbalo. Ce sont des gents assez à l’aise. La famille vit dans quelques maisons alignées dans l’enceinte traditionnelle dont une batak très belle. La maman nous reçoit comme des reines. On se baigne dans un coucher de soleil glorieux. Les pans veloutés de l’autre coté du lac passent par toutes les couleurs et le ciel s’illumine d’un voile rose tyrien. On mange très bien, on discute avec la famille de leurs enfants, de nos vies. Puis tout le monde dort sur la natte commune, mais quand même les mecs d’un coté et nous de l’autre ! On passe une nuit un peu écourtée parce que ces gents se lèvent à l’aube et on aurait bien dormi un peu plus !
Aujourd’hui c’est le 17 août, jour de l’indépendance de l’Indonésie. On voit les gamins défiler et se réunir dans un grand champ où les notables et les flics sont nombreux. Il va y avoir pas mal de bla bla. Nous, on se tire. On trouve un bus jusqu’à Simanindo où on en profite pour mater le musée. C’est la maison ou plutôt l’enceinte de la famille d’un chef.

Les greniers à riz qui font face aux maisons d’habitations sont spécialement jolis. Ils portent des motifs de cornes, de seins de femmes, le fameux lézard magique, des spirales et des fleurs. Les trois couleurs traditionnelles : rouge, blanc et noir sont bien d’origine hindoue. Dehors il y a la barque d’un chef toute sculptée.

On a l’occasion de voir un rituel performé pour des touristes. C’est le sacrifice d’un bœuf. L’orchestre batak s’appelle rondang. Il se compose d’un jeu de congas jouées avec des baguettes (5 ou 6) d’une flûte nasillarde comme les flûtes des charmeurs de serpent en Indes et d’un gong. Les danseurs sont habillés de ce vêtement traditionnel d’un bleu profond au tissage ikat et d’un ulos (écharpe) qui pend sur leur épaule. Le guru est bien fou et le roi et la reine assez imposants. Visages impassibles, mélopée répétitive vraiment envoûtante. Bien que le spectacle soit pour des touristes, on sent la magie proche. On amène le buffle, on l’attache à un poteau de sacrifice au milieu de la cour et après on simule le sacrifice en dansant autour.


[img]http://img159.imageshack.us/img159/1397/thatrebatakmn1.[/img]
Plus tard on débarque à Ambarita en plein fête. Les gens sont bien habillés, il y a aussi un concours de danses traditionnelles batak entre les différents villages de l’île. Ce qui nous donne l’occasion d’en voir plus. Ce sont des femmes uniquement ; très concentrées, elles effectuent des mouvements extrêmement lents mais saccadés au rythme de cette musique. Elles sont cinq et dansent avec un parfait ensemble. Les ulos sont magnifiques, les nanas pas mal aussi !

Le soir on s’écroule comme une masse.
On part le surlendemain en direction de Sibolga. On passe la nuit à Prapat où je me traîne une diarrhée infernale, venue des montagnes, du plat de porc cru ou d’un pancake mangé dans un losmen ? En tout les cas je suis très mal. Heureusement le voyage se passe bien, on plonge vers la mer au dernier moment après avoir longé le lac pendant des kilomètres. Il est vraiment immense ! Les hauts plateaux sont territoire batak, il y a partout de ces tombes folles qui honorent les chefs de clans et les villages traditionnels sont nombreux.

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MessageSujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984   Lun 15 Jan - 22:18

On trouve un bateau de pêcheur pour Teluk Dalam, le petit port au sud de l’île de Nias. (En ce temps là il n’y avait pas de bateaux réguliers) On attend toute la nuit que le capitaine se décide à sortir du port. Il dit qu’il y a « banyak ombak » trop de vagues ! On tente une sortie vers une heure du mat alors que la lune se lève derrière la colline mais on revient vite, remarque, pas plus mal !
Enfin vers 04 heures on part pour de vrai. Le voyage n’est pas trop pénible, enfin Mylène est un peu barbouillée, on se cramponne ferme parce que ça bouge pas mal. C’est un peu long quand même. On longe l’île de Nias pendant un bon moment, qu’est ce que c’est sauvage, on dirait l’île de King Kong ! Falaises noires, collines dénudées recouvertes d’alang alang (haute herbe style savane), plages mousseuses de cocotiers et ressac impressionnant, on passe tout près des rochers, je me dis que le capitaine est un peu fou ! Ca dégage vraiment fort comme endroit.
On arrive enfin dans un défilé étroit qui donne dans une baie protégée et on aperçoit le port Teluk Dalam. Teluk : port Dalam : intérieur, il porte bien son nom, mais ce n’est qu’un tout petit village ! Il n’y a qu’une jetée en bois. On débarque assez hallucinées, un type officiel nous fait un cinéma comme quoi il y a la dengue fever ici (fièvre hémorragique parfois mortelles, transmise par un moustique et non curable), de toute manière on est là, on ne va pas repartir ! On signe un papier… On prend un thé chez un local qui ressemble à un Apache, en plus il a une longue tresse qui parachève le look ! Le temps de marchander le prix du transport et on se retrouve derrière des mecs en moto par des chemins complètement défoncés. Les rizières succèdent aux champs de manioc, les petites maisons sur pilotis aux murs tressés et aux toits de coco abritent des gens aux traits fins, à la peau claire, aux yeux écartés et à l’air fier, ce ne sont vraiment pas les même que les batak !

Ils sont très gentils. On débouche enfin sur une magnifique plage : Lagundri. C’est un cercle parfait complété par la barrière de corail, entièrement festonnée de cocotiers immenses. La plage est quasi déserte, il y a quelques losmen au fond pour les surfers et un semblant de village dans la cocoteraie. La jungle arrive jusqu’au sable.

On se trouve un losmen sympa et pas cher, en fait on habite avec la famille, dans une pièce séparée d’eux par ces murs en bambous tressés qui laissent passer odeur et le moindre chuchotement. Mais ce sont des gents calmes et discrets. Les surfeurs sont confinés au bout de la plage, là on trouve quelques bungalow et restaus mais des plus jungle ! Rien à voir avec ceux de Thaïlande, sans parler de Bali. Je vais assez mal, grosse diarrhée et crevée, je me mets à chier du sang et des glaires et j’ai de la fièvre. Mylène pareil ! On prend du Diarsed en espérant que ça aille mieux. On mange du poisson, on se fait inviter par les surfeurs australiens contents de voir des nanas ! On en profite pour leur vendre de l’artisanat !

il y a quelques surfeurs indonésiens aussi, pas des locaux! ils sont beaux, mais un peu cons! pour eux on est très différentes des australiennes, on est petites, brunettes et on parle indonésien! ils voient qu'on zone comme eux avec les touristes, alors ils ne savent pas trop comment se comporter avec nous!

on est nulles sur une planche mais on s'en sert pour se ballader et admirer les coraux, il y a vraiment des bêtes sur les vagues, c'est apparemment un endroit réputé

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MessageSujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984   Mar 16 Jan - 12:10

Merci pour la lecture Smile
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MessageSujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984   Mar 16 Jan - 12:14

j'aime bien tous les petits dessins moa !!! cyclops
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MessageSujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984   Mar 16 Jan - 21:24

On va se balader dans des villages à l’intérieur des terres.
Le premier, Potoholi est un bon flash. On y arrive par un petit sentier qui grimpe de la plage à travers les plantations de cocotiers et de bananes. C’est une grande surface pavée où les rangées de maisons se font face.

. Les toits très plats rappellent l’architecture batak mais il n’y a pas le même angle. Le devant de la maison fait face à l’allée centrale, il est bombé, avec des fenêtres à clair voie par lesquelles le vent passe. Les poutres sur lesquelles reposent les maisons sont protubérantes et sculptées comme la proue d’un bateau. La maison repose sur une structure d’énormes billes de bois posées en épis croisés, eux mêmes fixés sur une plateforme de pierres taillées. Ce système contre les tremblements de terre a fait ses preuves (édit, j’ai vu des tofs des villages où je suis passées datant de 2006 et ils n’ont pas bougés avec le Tsunami et toutes les secousses sismiques accompagnatrices)
Toutes les maisons se touchent et l’escalier donnant sur la rue amène sur un corridor commun aux deux maisons. En général les villages étaient fortifiés au sommet des collines contre les attaques des rivaux (et des tsunamis !)

les pierres sont partout, c’est une civilisation mégalithique encore vivante ! Au milieu du village il y a la pierre de saut où les jeunes montrent leur habilité. Comme par hasard, dès qu’on se pointe, c’est la queue pour montrer ses prouesses. On fait semblant de rien mais on est quand même impressionnées, elle fait 2m de haut, c’est pas du bidon ! Il y a une petite pierre d’appel de 50 cm environ mais ce n’est pas évident quand même. Ils sont marrants,en short Adidas et baskets, mais on sent que se sont, encore, des guerriers !


Devant les maisons des bancs en pierre appelés daro daro qui étaient construit pendant les temps anciens à l’occasion de fêtes de mérite. Apparemment les rituels sont oubliés mais étaient sauvages. On utilisait l’or comme un métal magique et maléfique. Il y avait pas mal de sacrifices humains (des esclaves) mais on tuait beaucoup de porcs que l’on mangeait ensuite au cours de gigantesques festins. C’était un peuple de chasseurs et de guerriers. Les femmes cultivaient les champs proches. Bien sûr il y a longtemps que les traditions mégalithiques ont disparues mais quand les hollandais sont arrivés en 1945, (des missionnaires) il y avait encore des esclaves et des têtes coupées ! Ça ne fait même pas 40 ans, donc le vieux qui nous regarde malicieusement a participé à cela ! (rappel, on est en 1984)
Ca se sent d’ailleurs, les pierres parlent : trop lisses ces pierres sacrificielles avec des rigoles pour que s’écoule le sang. Trop troubles ces piédestal ornés où les femmes des chefs exhibaient leur bijoux en or, les pierres reflètent des histoires obscures…

Dans l’air vibrant du soir, les Niassiens d’aujourd’hui rentrent des champs portant de chaque coté de leur bambou : bananes, coco, manioc, poissons et herbes pour les porcs. Les femmes charrient des gros bambous plein d’eau, les gamins jouent sur le pavé poli par les ans , et tandis que les étoiles surgissent derrière les toits altiers, un chant nostalgique émerge du tréfonds du village, histoire d’un peuple qui n’a pas oublié l’appel ancestral de la forêt. Qui vit avec la peur des esprits qui rodent et la nécessité de se concilier leur bonne grâce. A part ça, ce sont des gens très doux et très fins.
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MessageSujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984   Mer 17 Jan - 22:11

On nous invite à une répétition d’une danse guerrière qui va être performée dans un autre village. Les costumes des guerriers sont pas possibles, mais un peu dérisoires ! Sabres à la poignée sculptée représentant un animal fabuleux. Une boucle de rotin tressé est fixée sur le fourreau elle contenait le gri-gri du guerrier. Un collier d’un seul bloc et une armure d’écorce de bananier avec un bouclier qui semble une carapace de tatou, fait en bois.

Une lance style du sud de l’Indes. Un petit gilet décoré de triangles cousus dans le style indien aussi. Le gourou port un casque spécial, les chefs aussi, certains avec des cornes, d’autres avec des dents de sanglier ou de crocodile. C’est assez fou ! En même temps quand on voit leur montre où leur short de gym dessous on rigole bien. Dans un autre sens, si les touristes ne portaient pas un certain intérêt à ces coutumes ; eux même n’en réaliseraient pas la valeur, et ça se perdrait rapidement.

On est invitées à boire le thé chez un vieux. Il nous parle un peu de sa vie, de la difficulté pour construire une maison Niassienne. Je veux bien le croire et je comprends pourquoi ils préfèrent maintenant les maisons de style malais ! Des rangées de mâchoires de porcs sont alignées au dessus de la porte. Il nous dit que quand les anciens meurent, on sacrifie des porcs et que les mâchoires sont gardées en commémoration. Apparemment ici aussi c’est la lignée patriarcale qui est suivie. Les clans aussi ont leur importance ainsi que le nom, toujours la même histoire.
Leur langue est pleine de voyelles et de sonorités assez rauques, il paraîtrait qu’elle vient du nord de la Birmanie ! On voit d’autres villages, c’est toujours le même plan, un seul se distingue par l’importance du rassemblement de maisons : c’est Bawamatulao, construit en croix. On y accède de la plaine par un immense escalier aux marches minuscules qui est à demi enfouis dans la jungle.

. En haut l’esplanade est imposante, au point de la croisée, la pierre de saut. Il y a aussi deux immenses pierres sacrificielles, des colonnes qui jadis supportaient le crâne du chef.

La maison du chef dégage vraiment très fort. Tout montre le pouvoir des chefs anciens : la base même avec cet entrecroisement de piliers d’au moins un mètre de diamètre ! L’entrée aux dalles sculptées de motifs de bon augure : lézard, crocodile. Il y a toujours des descendants de la lignée des anciens chefs qui l’habite. L’immense pièce abrite une cheminée gigantesque où mijote le repas de midi. Différentes estrades correspondent aux rangs des chefs de clans pendant les assemblées. Les murs ont beaucoup de statues sculptées dont les gents ignorent le nom, ils disent : maman, papa !

Il y a des statues d’animaux aussi. Un pilier finement sculpté au milieu. Des milliers de mâchoires de porcs témoignent de l’opulence des rites funéraires, il y a des crânes humains aussi. (Sans commentaire)
Des plats pour les fêtes pendent à des crochets dans des paniers en rotin. Il y a aussi partout des pénis en érections sculptés avec beaucoup de réalisme. On s’écroule sur le banc qui donne sur les fenêtres à clair voie. D’où on peut suivre le va et vient du village, les disputes, les porcs que l’on tire, les gamins qui jouent. On va se laver au bain des femmes, ça rappelle Bali ou le Népal. Un bout de bambou fait une petite douche, le bain est renfoncé et de nombreuses sculptures montrent qu’ici aussi, on adore l’esprit des eaux.
Le matin on voit quelques danses performées pour les touristes. C’est un groupe qui arrive an bateau de croisière depuis la Thaïlande, ils abordent dans la baie de Teluk Dalam et un camion vient les prendre jusqu’à ce village. Ils sont parqués derrière sur des rangées de chaises qui menacent de tomber à chaque virage et en plein soleil, c’est l’aventure ! Ensuite ils doivent monter à pied, pas le choix, dur ! Mais ça doit être le flash pour eux, déjà que ça l’est bien pour nous !

La qualité des danses laisse à désirer, ils manquent des pas, ne sont pas vraiment ensemble mais les mecs ont l’air de bien se fendre la gueule. Ce sont des danses de démonstration de lutte, de victoire, d’accueil au village par les femmes. Dans la maison du chef on a vu un énorme tambour d’au moins trois mètres de long de style dolak. Mais il sert pour les mariages, pas pour les danses guerrières. Apparemment les danses sont scandées par les mélopées et les cris des guerriers, rythmées par le bruit des pieds nus qui claques sur les dallages et les boucliers qu’ils font battre sur l’avant bras. Pas de tambours !
C’est tranquille Nias ! L’eau est transparente le long des plages où clapote le lagon, les coraux abritent de chouettes coquillages. On trippe des heures à se balader, à halluciner sur les petits cadeaux de la mer.
On visite d’autres villages mais moins classe que Bawamatulao. Les petit mecs du coin sont trop mignons, tout en douceur et gentillesse mais très (trop) timide ! C’est un fossé culturel infranchissable, et si je suis déjà sortie avec un javanais il y a deux ans, je sais que là, ça ne marchera pas. Ils nous considèrent aussi comme des symboles, ou des idoles, bref inaccessibles…
On s’arrache au bout d’un moment, ce n’est pas évident de trouver un bateau pour revenir ! On se fait tremper en chemin ; Mylène est malade, et c’est son anniversaire !
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MessageSujet: Re: sumatra java Bali en stop 1984   Sam 20 Jan - 8:24

On bouge pour Bukittingi. En chemin le chinois qui nous a pris vent absolument nous montrer la ligne de l’équateur à Bonjol. Ce n’est rien qu’un panneau mais ça lui fait plaisir.

On arrive à Bukitinggi le soir. C’est une jolie ville assez calme entourée de volcans dans un paysage de rizières et d’îlots de jungle. Il y a tout près un chouette cañon où on se ballade souvent. Ca rappelle le Népal ou l’Equateur. On trouve même des mushrooms ! Mais on ne les mange pas de suite, il y a quand même du monde !

Les gents par ici sont musulmans. On entend souvent le chant nostalgique du muezzin qui rappelle à toute heure que Dieu est partout. Même à 5 heures du mat !

Les gents sont vraiment classe ! Ils sont cultivés et gentils, ce sont de Minangkabau. Ils sont très ouverts et tolérants. C’est un système matriarcal, assez fou pour un endroit musulman ! La femme est très respectée. Elle garde son nom et c’est elle qui est propriétaire de la maison et des champs qu’elle hérite de sa mère. Son mari habite dans sa famille, chez sa mère et vient lui rendre visite ; les enfants sont élevés par leur oncle qui habite avec eux. C’est un système encore bien en vigueur. Toutes les familles que nous visitons vivent comme ça. Ce sont des gents qui étudient et voyagent beaucoup, il y a énormément de hadj(sont allés à la Mecque). Une de leur première question après « dari mana ?» est « masih sekolah ?»

D’où venez vous, vous étudiez encore ? Ca se sent à leur discrétion, à leur ouverture d’esprit. Les maisons traditionnelles sont pas mal mais quand même moins folles que celles de Nias ou des Batak !
une rue de Bukkitinggi


l'angle du toit Minagkabau est copié sur les cornes de buffallo:

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sumatra java Bali en stop 1984

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